Le billet de la directrice - novembre 2021

 

11Chers amis du Dharma,

 

Un des projets qui nous tient le plus à cœur est la construction, loin de l'agitation de la capitale, de petites maisons au sein de notre centre de retraite de Saint-Cosme en Vairais, dans le verdoyant et très calme département de la Sarthe. Ces maisonnettes indépendantes et écologiques de 15 à 20 m² environ seront dites passives car leur consommation énergétique sera nulle ou très basse. Nous utiliserons les matériaux les plus écologiques possibles, sans négliger notre souhait de maintenir tout le confort nécessaire. Ces constructions offriront aux méditants un formidable soutien à leur pratique, notamment dans le cadre de retraites individuelles. L'entraide, la joie et le respect des préceptes de vie seront les maîtres mots de ce "village de liberté", comme l'a nommé lama Zopa Rinpoché.

Tout est encore à inventer pour ce projet d'envergure, et les personnes intéressées seront des éléments-clés dans son développement et son aboutissement. Nous recherchons des compétences pour nous aider dans cette aventure, notamment en architecture, en urbanisme ou en écologie. Si vous êtes tenté, venez rejoindre notre groupe de réflexion et d'action... Renseignez vous par e-mail :

Excellent début d'automne à tous ! 

 

Élisabeth

Rencontre avec Capucine

 

Capucine est étudiante de Découverte du Bouddhisme et elle aide le Centre Kalachakra de manière bénévole (propos recueillis par Arnaud).

 

signal 2021 09 23 141406Comment est ce que tu t’es retrouvée impliquée au Centre ?

 

J’ai découvert le bouddhisme en 2018 en lisant “Le moine et le philosophe” de Matthieu  Ricard et Jean-François Revel lors d’un voyage au Cambodge. Ça s'est fait un peu par hasard. C’est plus le côté philosophique qui m’avait fait choisir le livre mais ce que le moine disait m’a beaucoup parlé, plus que les propos du philosophe que je connaissais déjà car j’ai fait des études de philo. En rentrant, j’ai cherché un centre bouddhiste. Je n’ai pas senti le besoin de lire d’autres livres. Je voulais étudier. J’ai un peu tâtonné. J’ai visité des Centres zen mais ça ne me parlait pas car je cherchais plus du contenu que de la méditation. C’est resté en arrière plan pendant quelque temps. Pour Noël, mon père m’a offert un autre livre de Matthieu Ricard, un livre de photos, où le Centre Kalachakra était mentionné. J’ai vu sur le site du Centre que “Découverte du Bouddhisme” venait de commencer et je me suis inscrite. J’ai pris le train en route au module 3, “Présentation de la voie”. J’ai débarqué au Centre un samedi matin, un peu inquiète de ce que j’allais trouver. Dès que je suis rentré dans la gompa, un poids s’est enlevé. J’ai senti que j’étais au bon endroit. Quand François a commencé à enseigner, je me suis dit que c’était exactement ce que je cherchais. 

 

Pendant le confinement, je me suis impliquée dans d’autres activités comme les cycles de méditation de François puis des rituels fin 2020. Depuis la fin du confinement, je me suis beaucoup impliquée dans de nombreuses activités du Centre.

 

Tu es impliquée dans quoi par exemple?

 

Je suis en train de finir DB. Je vais à la méditation pour tous du mercredi soir. Pendant un an, j’ai participé à la méditation du matin mais maintenant j’essaie de mettre en place ma propre pratique. J’ai aussi commencé à aller en retraites. J’ai fait une retraite de Tara d’un week-end ainsi que la retraite sur la voie pendant une semaine avec François cet été. J’ai également commencé à participer aux rituels : celui de Lama Tsong Khapa en fin d’année dernière, et les journées spéciales de Bouddha. Je fais aussi les pratiques de Tara verte et Bouddha de la médecine quand je peux mais ce n’est pas pratique avec mes horaires.

 

Tu as aussi commencé à aider le Centre, tu peux en dire un peu plus ?

 

J’ai visité Nalanda en juin dernier et l’esprit de communauté là-bas m’a beaucoup inspiré. Quand j’ai vu l’appel au bénévolat du Centre, j’ai répondu. Je n’habite pas loin du Centre et j’avais vraiment envie d’aider. Je me suis proposée pour le ménage. J’aime l’idée d’une activité physique qui sert au Centre et aux autres. Ensuite, j’ai répondu aux sollicitations : tenir le stand du festival Himalaya, aider pour l’envoi des e-mails de rappels des enseignements sur zoom ou à la technique lorsque des enseignants invités enseignent en ligne…

 

Comment tu vois l’avenir ?

 

Après DB, je vais commencer le PEBA en janvier. Ensuite, j’aimerais faire le PEBA en résidentiel à Nalanda qui démarre début 2023 et dure 5 ans. Ça me fait vraiment plaisir d’être impliquée dans le Centre et de participer à le faire vivre pour rendre tout ce qu’il m’a apporté.




"Allo, SOS Dharma ? Je me suis fait manipuler toute ma vie !", par Franck

Vous aimez les confidences ? Car je vais vous révéler un secret. Un grand secret. Vraiment intime. Je me suis rendu compte que je me suis fait abuser, exploiter, rouler dans la farine… et cela depuis toujours ! Et j’irai plus loin : il s’agit ni plus ni moins d’une odieuse emprise. Et fière, sans état d’âme par-dessus le marché. Je dois regarder les choses en face : j’ai été un esclave. C’est une chose de s’en rendre compte, c’en est une autre de pouvoir briser ses chaînes...

 

 franck 0921 3Moi, libre ? Laissez-moi rire !

Toute ma vie j’ai cru que j’étais libre de faire et de dire ce que je pense. “Freedom”, chantait George Michaël… tu parles ! Je n’ai jamais été libre. On m'a imposé ma manière de voir, de penser, de dire et de faire. On a imposé mes propres sensations, on a imposé mes propres perceptions, on a imposé mes propres formations mentales, on a imposé l’état de ma propre conscience (les agrégats, ça vous dit quelque chose ?)

Quels ont été les effets de cette emprise, de cette horrible magouille mentale ? J'ai dit et j’ai fait vraiment n'importe quoi. Des paroles pitoyables, des mensonges éhontés. Et des actions en dépit du bon sens, par centaines, par milliers, par millions. Et les conséquences, me direz-vous ? Elles sont douloureuses : un nombre incalculable de souffrances, à la fois pour moi et pour autrui. Un diagnostic vraiment navrant, non ? 

J'imagine votre compassion à mon égard, et je vous en remercie. Ça fait chaud au cœur. Mais votre bienveillance ne peut pas m’aider… Car l’odieux responsable de tous ces malheurs, ce démon manipulateur n’est autre que le mental, l’ego.  

Responsable, mais pas coupable

Ouh le vilain. Il n’a jamais cessé de m’imposer des pensées. De jour comme de nuit, à chaque instant ou presque. Par ailleurs, face aux événements de la vie, il m’a fait y réagir sans me laisser de libre-arbitre. Peur, colère, saisie, avidité, jalousie, orgueil... j’en passe et des pires. Il a ainsi favorisé toutes ces émotions perturbatrices sources de souffrance et de karma à venir.

Je ne sais pas pour vous, mais je ne trouve pas cela normal. Pourquoi des pensées surgissent-elles sans que je les ai sciemment sollicitées ? Pourquoi est-ce que je me gratte la nuque de manière mécanique quand je me sens dans l’embarras ? Pourquoi m’arrive-t-il de ressentir une oppression dans la poitrine alors que je n’ai pas de problème de santé avéré à cet endroit ? 

Brûler les voiles… pour retrouver la (vraie) liberté

Voilà la raison qui me fait suivre le chemin bouddhiste avec autant d’enthousiasme. Acquérir la maîtrise de l’esprit. Voilà un challenge qui en vaut vraiment la peine, non ? Alors, en route pour triompher de l’illusion et atteindre la libération juste, dans un esprit de compassion et de sagesse vis-à-vis du mental, avec lequel il faut composer. 

D’ailleurs, à propos de l’ego, Lama Yeshe a dit : “Reconnaissez-le quand il apparaît, puis démystifiez-le.” Quant à la magnifique citation suivante, son auteur n’est autre que le Bouddha Shakyamuni (dans le Dhammapada) : 

De celui qui dans la bataille a vaincu mille milliers d’hommes

et de celui qui s’est vaincu lui-même,

c’est ce dernier qui est le plus grand vainqueur.

Bon, assez de bavardages… je retourne à mon plan B… comme Bouddha.

Franck

“Big love” - Morceaux choisis - Épisode 6

 

 

1969 - “Lama” voit un docteur

Les lamas viennent d’aménager avec Zina et d’autres personnes sur la colline de Kopan dite « colline de l’astrologue ». En effet, au début du XXè siècle, un prêtre y avait vécu chargé de déterminer les dates auspicieuses pour la famille royale. Nous sommes en 1969, Lama Yéshé a 34 ans, il avertit un jour Judy Weitzner qu’il souffre d’un problème cardiaque (photo : la colline de l'astrologue à Kopan).

la colline de lastrologue Kopan 1969Quoi ? Cet homme vigoureux qui avait grimpé le chemin vers Lawoudo [a un problème de cœur] ? Certes, Judy avait noté son souffle court en montagne mais elle l’avait imputé à l’altitude. Même Max s’était évanouie là-haut ! Plus inquiétants par contre étaient ses constants saignements de nez et ses crises de vomissements.

Zina le conduisit (…) dans un hôpital missionnaire chrétien où les tests révélèrent une maladie cardiaque grave. Les médecins lui dirent ne pas pouvoir y faire grand-chose. Étrangement, Lama semblait aussi faire de la rétention d’eau, il crachait beaucoup et était pris d'énormes éternuements mouillés. Il ne parlait guère de son cœur, désignant plutôt à l’occasion la profonde cicatrice qu’il avait à la joue, conséquence d’un abcès qu’il avait eu à Séra [le monastère près de Lhassa où il fit toutes ses études]. Il ne manquait jamais de mentionner la bonté de l’infirmière chinoise qui l’avait pris en charge dans la clinique où il s’était rendu. Et par ailleurs personne n’a pu entendre Thoubtèn Yéshé dire la moindre parole négative concernant un quelconque individu chinois.

La vie du petit groupe se poursuivait, Zopa Rinpoché penché sur ses textes nuit et jour, Lama Yéshé cavalant dans Kathmandou pour s’y faire des amis.

Judy (…) : « Nous avons souvent profité de pique-niques avec les lamas. Ils étaient clairement à disposition des Occidentaux, même si nous étions peu nombreux à disposer des bons visas et de temps à passer avec eux... mais nous avions la possibilité de voir Lama Yéshé et Lama Zopa chaque fois que nous en avions l’envie. Je les regardais plus comme des amis merveilleux que comme des gourous. Lama Yéshé parlait vraiment très peu anglais. Il nous appelait tous « dear » et irradiait cette merveilleuse lumière. Il répétait : « ne vous inquiétez pas » et « soyez heureux », toujours friand d’enrichir son vocabulaire. Avec du recul, je pense avoir autant reçu de lui à cette période que par la suite, quand il parlera couramment anglais. » 

 

Jan Willis

Une afro-américaine, activiste politique diplômée en philosophie, avait gagné une bourse pour étudier un an à Varanasi. Par des amis, elle entendit mentionner le nom de Lama Yéshé et de Kopan... (photo : la chambre des Lamas, à droite)

 

la chambre des Lamas porte de droiteEn entendant le nom de Lama Yéshé « tous mes poils se dressèrent », racontera Jan plus tard. (…) [La seconde fois qu’elle entendit ce nom,] elle ressentit à nouveau des picotements dans tout le corps et, [lors d’une visite à Kathmandou avec des amis,] ils prirent un taxi pour le stoupa de Bouddha et grimpèrent ensemble jusqu’à Kopan. 

Jan raconte : « C’était une journée magnifique pour marcher au travers des rizières. La seule personne présente à l’arrivée était Zina. (…) Quand on demanda à voir Thoubtèn Yéshé, elle répondit qu’il était trop occupé pour nous recevoir. Elle nous servit ensuite un magnifique repas végétarien sur une table ronde en briques à l’extérieur.

Il faisait encore grand jour au moment de dire au-revoir et d’entamer notre descente. Mais à peine avait-on tourné au coin du bâtiment qu’on vit une porte s’entrouvrir au loin avec une main qui nous invitait à rentrer, et un visage qui se risquait à jeter un œil à l’extérieur pour vérifier que Zina n’avait rien vu. On pénétra tous trois sur la pointe des pieds dans cette minuscule pièce qui ne contenait qu’une table et deux lits. C’est ainsi que l’on rencontra Thoubtèn Yéshé et le moine le plus maigre que j’aie jamais rencontré. Thoubtèn Yéshé mena la conversation avec brio avec l’aide de Zopa Rinpoché qui était déjà avancé en termes philosophiques et psychologiques techniques, et avide d’accroître son vocabulaire.

Comme nous avions dit être à la recherche d’un enseignant, Thoubtèn Yéshé répondit : « Je suis très heureux que vous soyez parvenus ici sans encombre et que vous vous soyez déjà entraînés à la méditation. » Cela nous fit forte impression car nous ne lui avions pas dit avoir fait notre premier cours de méditation à Bodhgaya ni avoir miraculeusement échappé, juste avant de quitter l’Europe, à un sérieux accident de voiture. On eut tous le sentiment qu’il était déjà au courant de tout. Il ajouta que l’on pouvait revenir étudier avec lui et que Zina s’occuperait de notre hébergement.

 

Claudio Cipullo et Piéro Cerri

Les américains sont déjà sur place, les italiens en passe d’arriver. Le temps où Zina était propriétaire de « ses lamas » était fini. (photo : Lama Yéshé avec son col roulé newyorkais, très informel)

 

Lama avec son col roulé newyorkais très informel(…) Claudio raconte : « Je ne savais pas qui était Lama. J’étais habillé en sadhou avec un pagne, un châle de Varanasi, un trident, des dreadlocks et un petit sac contenant mon haschich et mes pipes. Dans la vaste chambre de Zina à Kopan, cet homme en ciré jaune avec des rubans partout vint vers moi. J’ai pensé qu’il devait être japonais. Il me posa plein de questions sur ce que j’avais fait à mon retour en Italie, je lui répondis que j’avais étudié la psychologie.  « Oh, tu vas donc obtenir un diplôme en psychologie. C’est très bien pour un poste futur. » Je lui répondis que je n’étudiais pas pour avoir une situation, mais au moment où je le disais, je savais que je jouais à être un sadhou. Je vis aussi la vanité de ma réponse, c’était criant. Il se contenta d’éclater de rire. » Quand Lama riait, l’air faisait des étincelles. Claudio demeura sur place.

 

Piéro, hospitalisé à Kathmandou avec une hépatite, découvre la biographie de Milarépa. Un ami le présente ensuite à Lama Yéshé, Piéro raconte :

 

« J’ai trouvé qu’il avait l’air sévère, pas drôle du tout. Il me conduisit par la main dans cette minuscule pièce très sombre, alla chercher un ensemble de robes de moine qu’il jeta sur le sol devant moi. Puis il prit une statue de Bouddha, la jeta aussi par terre en disant : « Ceci n’a rien à voir avec le Dharma. Ceci n’a rien à voir avec le bouddhisme. Impossible pour le ciel de devenir terre, pour la terre de devenir ciel. » Cela me stupéfia. Il avait juste commencé à donner des cours le dimanche aux Occidentaux, c’est ainsi que je me mis à les suivre.

(…) C’était le temps de l’explosion du LSD, de la bouddha-grass (…) Un jour, un « acid guru » très connu apparut à Kopan lors du déjeuner pour défier les lamas : « Je ne crois pas que vous soyez des personnes aussi réalisées que les gens le pensent. » Lama joignit les mains, s’inclina et répondit : « C’est vrai, dear, vous avez raison. »

Après cette leçon d’humilité, l’« acid guru » leur offrit une part de ses meilleurs produits. Les lamas déclinèrent poliment. 

 

La vie à Kopan n’était pas sans conflits. Lama passait son temps à calmer les uns et les autres. 

 

(…) [Comparé à Zopa Rinpoché,] Lama était exubérant. Il mangeait de bon cœur, appréciait tout et se lançait avec tout le monde dans des conversations allant du jardinage à la physique. Il n’a jamais semblé étudier ces textes qu’il connaissait si bien, même si tous avaient remarqué que les lumières des lamas restaient allumées toute la nuit.

Tous les deux avaient des rires excessivement contagieux, cascades de joie sans retenue qui éclataient partout sur la colline silencieuse tard dans la nuit pendant que les Injis (étrangers) méditaient, genoux endoloris, jambes courbaturées, pétris de leurs misères quotidiennes. Chacun supposait que si les lamas pouvaient rire de cette façon, c’est bien qu’il devait y avoir “quelque chose” dans ce Bouddhadharma.

Thoubtèn Yéshé avait tout le temps du monde pour ces fous d’Injis, il débordait d’une énergie sans limites pour quiconque avait besoin de lui.