Une retraite individuelle mémorable

Les Beatles chantaient “Back in the USSR”, pour ma part ce sera “Back in Saint-Cosme en Vairais” ! J’y ai passé une semaine fin juillet, et cette retraite restera marquante, notamment car un impressionnant et difficile “examen de passage” va se produire à la fin de mon séjour… Voici mon carnet de retraite !

 

Une retraite... pourquoi faire ?

IMG 0103Et dire qu'à la fin de ma précédente (et toute première) retraite fin mai dans ce lieu très spécial, j'étais convaincu de ne pas y revenir avant un bon moment... Non pas parce que je n'avais pas apprécié ces quelques jours, non. Mais parce que curieusement, les retraites, je n'en éprouve pas vraiment l'utilité. Comme si les retraites, ce n'était pas pour moi…

Je vous imagine bondir, et vous avez probablement raison ! Car en effet, il est dit en haut lieu que les retraites sont des étapes indispensables dans un chemin bouddhiste. Alors, ai-je une vision erronée ? Ou bien suis-je trop orgueilleux pour me sentir concerné ? Toujours est-il que je me suis donc retrouvé à St-Cosme pour la deuxième fois à peine deux mois après mon précédent séjour. En fait, cette retraite individuelle est requise pour une formation d’instructeur que je souhaite suivre.

 

 

 

Back to paradise !

Me revoilà donc dans ce bel environnement si propice à la contemplation et à l’étude. Des bâtiments accueillants et confortables, des bénévoles motivés accompagnant Magali la gestionnaire aux petits soins, une cuisinière expérimentée et attentive (on demanderait presque l’inscription du Centre de retraite dans le guide français des étapes gastronomiques !), de chaleureux échanges, une bibliothèque richement dotée, une gompa inspirante, des chambres sobres et agréables, un panorama exceptionnel à 360°, un jardin-forêt riche en faune et flore variées, de nombreuses excursions possibles (plusieurs jolis villages sont à découvrir)… Autant de conditions de pratique vraiment favorables pour une retraite spirituelle.

J'aborde donc cette semaine très sereinement. Étant autonome et indépendant, la perspective de me retrouver seul ne m'inquiète pas... au contraire ! Pouvoir alterner lectures, marches et méditations toute la journée pendant une semaine, j'en suis plus qu'heureux ! Et le surcroît de discipline lié aux horaires que je me suis fixés n'entache pas mon enthousiasme. Au programme chaque jour, cinq méditations (30 à 60 minutes) entrecoupées d’étude de texte (le Satipatthana Sutra et ses commentaires) et de marches en extérieur. C’est parti !

 

Jour 1 : la plongée

2J’ai choisi de méditer dans ma chambre, dont le nom est évocateur : Tonglen. Dès la première méditation j'y ai ressenti une surprenante vibration, une forte énergie impossible à décrire par des mots. C’est à mon sens ce genre de forces spécifiques aux lieux “chargés” qui ne demandent qu'à accompagner et stimuler le pratiquant afin de favoriser sa quête spirituelle, mais à une seule condition : qu’il soit sincère, humble et motivé. 

La météo est très clémente, les repas aussi succulents que copieux, tout commence à merveille ; ai-je vraiment cumulé autant de karma positif pour mériter tout ça ? Surtout, ne pas le gaspiller mais l’utiliser à bon escient en étudiant, en réfléchissant et en méditant afin de développer des capacités pouvant être utiles à tous les êtres. 

 

Jour 2 : une adaptation nécessaire

 Au fur et à mesure des pratiques qui s’enchaînent, je commence à avoir un peu mal au dos. Alors je décide d’achever parfois la méditation formelle sur le coussin en me plaçant sur une chaise ou en méditant en marchant dans le couloir. C’est une heureuse décision car ces deux autres postures me sont utiles, et je dirais même parfois complémentaires.

 

Jour 3 : mais il vient d’où ce mal de dos ? 

Cette question commence à germer dans mon esprit. S’agit-il d’un souci physique, de fatigue ou bien d’une subtile résistance commanditée par l’ego qui cherche à freiner mon aspiration qu’il juge beaucoup trop déterminée ? Il va falloir investiguer...

 

Jour 4 : grosse fatigue 

Toute la matinée je ressens un abattement physique. Je me demande s’il est lié à une hypoglycémie suite au changement alimentaire, à une nuit un peu agitée ou un contrecoup dû aux absorptions méditatives assez intenses qui se succèdent. Toujours est-il qu’il me faut interrompre ma deuxième session matinale pour retourner m’allonger et me reposer. Très disponible, François Shick a la gentillesse de me donner des pistes d’explication et m'encourage à persévérer en respectant autant que possible mon programme. Merci pour ces conseils utiles.

 

Jour 5 : dépasser les obstacles fabriqués par l'ego

Cela n’en finit pas : des crispations dans le dos. Comme elles ne sont pas trop perturbantes, je tente un moyen habile, et il est couronné de succès : considérant que cette gêne physique est au moins partiellement une construction artificielle de l’ego, je prends la difficulté à bras le corps en demeurant sur le coussin et en contemplant la gêne de manière lucide, concentrée et bienveillante. Et ça marche ! Non seulement la douleur tend à disparaître, mais ce surcroît de concentration tranquille (mais déterminée) est très bénéfique pour la pratique. Aller au-delà du mental, voilà une des clés à expérimenter et réaliser sur le chemin. Tout un programme...  

 

Jour 6 : l’épreuve…

etang6J’ai le sentiment de vraiment avancer au fur et mesure des pratiques. Mais cette retraite ne va pas pouvoir s’achever sans qu’une étape particulière soit franchie. Il ne me semble ni utile ni souhaitable que je développe les circonstances durant lesquelles cette épreuve est apparue, ni sur l’objet de la difficulté. Mais il s’est agi pour moi d’une expérience spirituelle très, très désagréable. Je suis sorti de la session assez bouleversé, triste, confus voire choqué. Je me suis rendu compte que face à ce qui m’était arrivé, une personne non préparée pouvait être prise de panique, devenir durablement traumatisée, voire peut-être sombrer dans la folie. C’est dire que l’expérience était hors-norme...

J’ai très vite ressenti l’urgence d’y faire face et de traiter l’événement aussi promptement et efficacement que possible. Car ne rien faire aurait signifié prendre le risque de laisser le mental me faire basculer, peut-être pour le pire. Je n’avais donc pas le choix, autant pour mon “intégrité psychologique” que pour la poursuite du chemin. 

 Alors, avec autant de sérénité que possible dans cet état d’esprit si particulier, je me suis remémoré ce que j’avais appris à propos des fameuses “expériences”. Surtout, pas d’attachement vis-à-vis d’elles quand elles sont agréables. C’est certain que dans les circonstances actuelles, je n’allais pas succomber à l’attachement ! Par ailleurs, pas d’aversion non plus. Car, et c’est cela qui m’a permis de prendre conscience que j’avais traversé une épreuve absolument nécessaire, je me suis rendu compte de manière expérientielle que toutes les manifestations pouvant se produire, aussi fortes soient-elles, ne sont ni plus ni moins que l’expression naturelle de l’esprit. En soi, ces phénomènes sont comme les pensées, ils sont insubstantiels, commes des mirages, ils ne sont donc ni agréables ni désagréables. C’est l’ego qui les juge ainsi. Par conséquent, il est décisif de ne pas se laisser impressionner, ne pas même y attacher tellement d’importance, mais de garder la clarté et la lucidité, en développant toujours davantage un esprit équanime. Cette réflexion m’a beaucoup soulagé et a été d’un grand secours. Et je suis sorti grandi de cette épreuve. Dans mon lit le soir venu, encore un peu secoué, je crois avoir ressenti la main de mon Maître posée sur la mienne. Une source d’apaisement bienvenue... 

 

Premiers bilans au sortir de la retraite

Dans la discrétion et la simplicité d’une chambre du Centre de retraite Kalachakra, il peut s’en passer des choses ! J’exprime ma profonde reconnaissance pour les inestimables enseignements bouddhistes qui font tant de sens pour moi et qui me permettent d’avancer sur ce chemin tellement magnifique mais pas toujours facile. Chaque épreuve fait avancer et ici, une marche a été gravie. Malgré des apparences de tranquillité immuable, cette retraite à Saint-Cosme a été aussi bénéfique que forte. Respectueuse gratitude à tous ceux qui nous permettent de pratiquer dans de si belles conditions ! 

 

Franck

Questionnaire “Méditation du matin” de Juin 2021 : l'analyse des résultats

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Dans le courant du mois de juin 2021, un appel a été envoyé à plusieurs reprises aux trois cents inscrits au programme de la méditation du matin.

Nous avons reçu 60 réponses et nous remercions chaleureusement l'ensemble des participants. Voici ce qu’il faut retenir des résultats (étude réalisée par Franck).



1 -  Depuis combien de temps pratiquez-vous la méditation ?

> la moitié des répondants pratiquent depuis 1 à 5 ans

> ⅓ des répondants pratiquent depuis plus de 5 ans

> seuls une minorité (13%) de répondants sont débutants (moins d’un an)

2 - Êtes-vous impliqué dans un chemin spirituel (bouddhisme ou autre) ? Si oui, lequel ?

> 70% répondent positivement

> 30% des répondants ne suivent donc aucun chemin spirituel

Parmi les réponses positives, quasiment tous les répondants évoquent le bouddhisme. Seuls certains ajoutent la mention mahayana. À noter que 5 répondants indiquent suivre un chemin chrétien, exclusif ou non.

3 - Quelle est votre fréquence de participation à la méditation du matin ?

> près de la moitié des répondants participent tous les jours ou presque

> ⅓ participent 1 à 2 fois par semaine

> ¼ participent occasionnellement

4 - Lors de vos participations à la méditation du matin, quels sont les thèmes que vous avez le plus appréciés et que vous aimeriez voir aborder plus souvent ?

Voici, par ordre décroissant, les thèmes spontanément plébiscités* : 

  • respiration / calme mental (15)
  • gratitude / bienveillance / joie / positif (13)
  • vipassana (8)
  • pleine conscience (7)
  • compassion / altruisme (7)
  • méditation analytique (4)
  • lam-rim (4)
  • impermanence (4)
  • visualisation (3)
  • tonglen (3)
  • karma (3)

5 - À contrario, quels sont les thèmes que vous avez le moins appréciés et que vous aimeriez voir aborder moins souvent ? 

Voici, par ordre décroissant, les thèmes spontanément évoqués* :

  • aucun (12)
  • enseignements bouddhistes / dharma (3)

6 - Avez-vous participé à une retraite à St-Cosme ? Si oui, laquelle (lesquelles) ? Si non, envisagez-vous de le faire ?

> 1 personne sur 2 a déjà participé à une retraite. Parmi ceux qui n’ont pas encore expérimenté un séjour à St-Cosme, la grande majorité des répondants (7/10) indiquent vouloir le faire. 

Voici, par ordre décroissant, les thèmes de retraite qui ont été suivis et spontanément évoqués* :

  • vipassana (15)
  • mahamoudra (6)
  • souffle (5)
  • Vajrasattva (3)
  • armure du conquérant (3)
  • calme mental (2)

7 - Participez-vous à des animations de Kalachakra Paris ? Si oui, laquelle (lesquelles) ? Si non, envisagez-vous de le faire ?

> 1 personne sur 2 participe à une ou plusieurs animations du Centre parisien. Parmi ceux qui ne participent pas, la moitié d’entre-eux souhaite suivre une animation prochainement.

Voici, par ordre décroissant, les thèmes d’animation au Centre parisien qui ont été suivis et spontanément évoqués* :

  • Découverte du Bouddhisme (6)
  • méditation du mercredi soir (5)
  • sciences de l’esprit (2)
  • vipassana (2)

8 - Avez-vous des suggestions à formuler concernant la méditation du matin ?

> Le seule remarque apparaissant plusieurs fois concerne la qualité technique de l’audio et de la vidéo sur zoom. Elle est parfois insuffisante, surtout le vendredi.

Merci aux autres participants nous ayant transmis leurs remarques particulières, nous les étudions avec attention !

9 - Avez-vous des suggestions à formuler concernant les activités du Centre Kalachakra ou du centre de retraite ?

> Outre les nombreuses expressions de gratitude reçues, la seule suggestion évoquée à plusieurs reprises concerne le besoin des pratiquants à pouvoir continuer à participer aux activités du Centre en ligne, sur zoom.

Merci aux autres participants nous ayant transmis leurs remarques particulières, nous les étudions avec attention !

En conclusion…

Incontestablement, la création de la méditation du matin a répondu à un réel besoin. Chaque matin, ils sont entre 25 et 50 méditants à se laisser guider par les animateurs. Les participants apprécient beaucoup leur engagement, la qualité de leurs interventions, les thèmes abordés et leur style particulier. Il semble donc utile de poursuivre sur cette voie, sans trop bouleverser la dynamique en place.

*  : entre parenthèses le nombre d’occurrences, 2 occurrences minimum pour apparaître dans la liste

“Big love” - Morceaux choisis - Episode 5

 

Trek pour Lawudo (Solu Khumbu) - 1969

 

Zopa Rinpoché retournait chez lui pour la première fois depuis son départ enfant au Tibet. Ils étaient une dizaine à s’envoler pour Luckla, (l’aéroport le plus périlleux qui soit, surtout avec un pilote qui y fera son premier atterrissage !). S’ensuivirent deux jours de trek jusqu’à Namché Bazar, la capitale sherpa, à 3440 mètres d’altitude. Des cinéastes français : Georges Luneau et Cécile Roulet se trouvaient alors à Namché. Judy raconte : 

Chip et les Lamas« J’étais fatiguée, grognon et il me fallait rassembler mon énergie pour être en mesure d’atteindre l’auberge où nous devions passer la nuit. Je m’étais refroidie et malgré ma doudoune, je grelottais. Lama Yéshé vint s’asseoir à côté de nous pour admirer la vue. Il prit mes mains dans les siennes pour les réchauffer. Sortie soudain de cet apitoiement sur mon sort, je réalisai ce qui était en train de se passer. J’étais là, glacée malgré mes nombreuses couches de vêtements tandis que Lama, avec sa chemise sans manches et ses robes légères, chaud comme un toast, prenait soin de moi. Je lui demandai : « Comment pouvez-vous faire ça ? Comment pouvez-vous avoir chaud quand moi, je suis frigorifiée avec ma doudoune ? » Il dit : « Oh c’est facile, tu sais. Au Tibet, nous avons étudié cette méditation pour nous garder bien chauds. C’est indispensable par temps froid. » J’avais souffert du froid toute ma vie, aussi étais-je très désireuse de l’apprendre. Des années plus tard, je compris que Lama faisait allusion à toumo, la méditation sur le feu intérieur, qu’il finira par nous enseigner.

Ce qui arriva ensuite est vraiment difficile à croire, mais il en fut pourtant ainsi. Lama avait une gourde de thé froid. Il me demanda si je voulais quelque chose à boire, je dis : « Oui, mais pas du thé. » J’en étais écœurée. « Que veux-tu alors, ma chérie ? » Je répondis : « Du Coca-cola. » Il n’y avait pas le moindre Coca-cola au Népal à cette époque et je doute même que Lama savait de quoi je parlais. Cependant il versa un liquide de sa gourde dans un gobelet qu’il tendit à Max. Et Max de s’écrier : « Regarde Judy, c’est du Coca ! » Je regardai, c’était pétillant, les bulles se mouvaient le long des parois du gobelet. J’y goûtai… C’était bien du Coca-cola. Là sur cette montagne, je réalisai à quel point Lama Yéshé était totalement puissant et stupéfiant. Nous nous sommes tous mis à rire et rire, j’oubliai tout de mon épuisement et de ma mauvaise humeur.

(…) Ce fut un tournant pour Max et moi. Max décida qu’elle voulait donner une nouvelle direction à sa vie. Quant à moi, pour qui la philosophie orientale n’avait été jusqu’alors qu’un passe-temps intellectuel, je sentais désormais que mon cœur s’était ouvert à un niveau plus profond. 

(…) Quand Chip [mon mari] redescendit de Lawudo [et nous rejoignit à Namché où j’étais restée avec Max], il rapporta un mot des Lamas disant qu’ils allaient y rester un moment en retraite. Ils demandaient aussi si Max et moi-même pouvions travailler à établir une école pour les enfants de Lawudo. Finalement, on en vint à comprendre que le précédent « Lama de Lawudo » avait promis d’établir cette école pour les sherpas lors de sa prochaine réincarnation, car il était trop vieux au moment où les villageois avaient imploré son aide. Maintenant que Lama Zopa était de retour, il comptait remplir sa promesse. Franchement, c’était la première fois que j’entendais parler de promesses faites dans des corps précédents. Cependant mon esprit sceptique s’était détendu et envisageait des possibilités impossibles à accepter précédemment. Après avoir vu le changement du thé en Coca, tout était possible ! »

Une importante statue

Un jour, Max dit à Judy avoir acheté une statue magnifique mais très coûteuse. Elle était à court d’argent à l’époque mais n’avait pu résister. Voulant savoir à quoi s’en tenir, elle avait invité les lamas à venir chez elle un dimanche pour l’examiner. Ils arrivèrent en milieu de matinée.

Judy Weitzner : « Ils dirent que la statue avait un bel aspect mais que, pour en avoir le cœur net, ils se devaient de faire une poudja spéciale pour l’ouvrir et voir de quoi elle était remplie : mantras, pierres précieuses, etc. Nous ne savions même pas ce qu’était une poudja. J’avais juste appris que les Tibétains n’appréciaient pas que nous utilisions les bols d’offrande pour boire du vin. Les objets anciens tibétains n’étaient que des objets de décoration pour nous.

Lama Yéshé annonça qu’ils avaient besoin de tout un matériel spécial pour la poudja mais en fouillant l’appartement, ils finirent par trouver tout ce dont ils avaient besoin, planqués dans les cheminées, utilisés comme cendriers ou autres. C‘est avec beaucoup d’habileté et de gentillesse que les lamas nous poussèrent à prendre soin et respecter les objets sacrés rituels. Ils descendirent dans la chambre de Max (…) pour procéder à la poudja.

Tandis qu’ils faisaient leurs affaires, on commença à organiser une petite fête. Avec Chip, nous avions le dernier disque des Beatles et nous l’amenions avec nous partout où il y avait un phonographe parce que nous n’en avions pas. Nous l’avons donc passé, avons dansé et pris du bon temps. (…) Nous avons vite oublié les lamas à l’étage en dessous. 

Mais au fur et à mesure que l’après-midi passait, je commençai à me sentir nauséeuse et mal à l’aise. Bien que ce fut une chaude journée, je me mis à grelotter et avoir la chair de poule. (…) Zina aussi se sentait bizarre. Max, Chip, Jacqueline et toutes les personnes présentes dirent qu’eux aussi avaient des sensations étranges. Soudainement, chacun s’interrogea : « Que se passe-t-il donc ici ? » Dans la pièce devenue silencieuse, je devins consciente du son des cloches et du tap-tap-tap des damarous venant de la chambre du dessous. Une énergie palpable en émanait. Nous la ressentions tous. À l’époque, nous l’aurions probablement qualifiée d’expérience psychédélique mais c’était par-delà tout ce que j’avais pu vivre jusque-là. Un scintillement envahit toute la pièce et pénétra directement nos corps.

Nous sommes tous descendus, les lamas avaient juste terminé de recharger la statue après avoir ôté puis remis tous les trucs qu’il y avait à l’intérieur. La poudja était terminée. La statue siégeait sur l’autel de fortune, avec Lama Yéshé et Zopa Rinpoché qui lui faisaient face. Ils semblaient tous deux très joyeux.

Les lamas nous dirent qu’il s’agissait d’une très, très vieille statue qui contenait des reliques du Bouddha antérieur à Shakyamouni et qu’elle était d’une valeur inestimable. Bien sûr, Max en était très heureuse. On s’assit en demi-cercle et il parût évident que toute cette énergie frémissante venait de la statue elle-même.  La structure de ma réalité se trouvait bien rapidement mise à l’épreuve. Car je ne croyais pas que les objets puissent avoir du pouvoir et pensais que tout pouvoir venait de notre esprit. Mais nous étions tous là à savourer cette lumière-énergie scintillante. Je ressentais un immense amour pour tout le monde dans la pièce. Cette statue, qui avait été vénérée pendant des siècles, était devenue une réserve d’énergie spirituelle que nous pouvions tous ressentir.

Chacun commença à exprimer comment il voulait vivre sa vie à partir de ce jour. Zina commença à parler de trouver un lieu où artistes, musiciens, poètes, écrivains pourraient venir travailler et apprendre à méditer avec les lamas. Dans un élan de profonde honnêteté, elle dit avoir créé des tas de karmas négatifs dans sa vie et sentir qu’elle devait travailler dur pour changer au mieux les choses. Ce lieu serait sa contribution. C’était une idée inspirante et nous partagions tous notre vision de ce que pareil centre devait être. Lama Zopa écouta chacun puis s’exclama avec grand enthousiasme : « Et tout va être parfait. » Ce fut ce jour-là que l’idée de ce que deviendrait Kopan est vraiment née. »

Rencontre avec Isabelle

 

Isabelle Gonon est étudiante de Découverte du Bouddhisme et elle reprend la présidence de l’association “Horizons Sagesse”.

Comment t’es-tu retrouvée impliquée au centre ?

Photo IsabelleIl s’est passé dans ma vie un drame familial qui a totalement changé ma façon de voir. Auparavant, je n’avais aucune pratique spirituelle. J’étais plutôt dans le « ni dieu ni maître », comme le chantait Léo Ferré dans les années 60. J’avais l’impression que je m’en sortirais toujours. J’ai eu quatre enfants que j’élevais en partie seule, à côté d’un boulot d’enseignante très prenant. J’étais très occupée et je n’avais pas trop le temps pour réfléchir. Ce n’était pas facile mais on me disait que j’étais forte. Je me rends compte maintenant que je manquais surtout de compassion pour moi et pour les autres. Ce drame que ma famille a traversé en 2017 a effondré toutes mes certitudes. Ça m’a amené à me questionner sur la mort et la conscience. J’ai eu l’intuition que j’étais passé à côté de quelque chose. C’était comme si il y avait une connaissance à portée de main qui m’avait échappé. 

À cette période, j’ai commencé à méditer avec un livre qu’un de mes enfants m’avait offert. Chacun était alors à la recherche de quelque chose pour reprendre pied. Ce livre, qu’on appelle en famille le petit livre bleu, s’intitule « Méditer au quotidien » par Bante Henepola Gunaratana, un moine bouddhiste de la Forêt. Depuis fin 2017, je médite au quotidien. C’est mon premier maître (rires) ! Je me suis aussi tournée vers le yoga. Auparavant, tout cela m’était complètement étranger. C’est mon prof de yoga qui m’a orienté vers le centre en me disant d’aller voir Jean-Jacques. 

Jean-Jacques était déjà malade quand je suis arrivée au centre et je n’ai pas pu le rencontrer, mais c’était le début du module « Mort et renaissance » avec Elio, et le sujet m’intéressait beaucoup. Je me suis donc inscrite. J’ai ainsi pris DB en cours de route et je l’ai suivi jusqu’au bout puis je l’ai suivi à nouveau avec François. 

Pour avancer dans ma pratique de méditation j’ai suivi des retraites vipassana avec Philippe et Jean-Jacques. À chaque retraite, ma compréhension s’approfondit. À chaque fois, je me dis : « Waouh j’ai vraiment compris... » jusqu’à la retraite suivante (rires) !

Je suis aussi les méditations du matin les mercredi et vendredi car ça apporte beaucoup de méditer en groupe. Les autres jours, j’ai des contraintes d’agendas et je médite toute seule. Quand je peux, je suis aussi les méditations du mercredi soir et les méditations vipassana deux soirées par mois.

Pendant le confinement, j’ai suivi beaucoup d’autres enseignements comme ceux de guéshé Damdoul sur le Soutra de la pousse de riz, ceux de vénérable Robina sur la vacuité ou ceux de guéshé Dakpa sur les Madhyamikas et les écoles bouddhistes. Vu mon âge, je me dis qu’il ne faut pas manquer une opportunité. 

Tu aides aussi le centre ?

Oui, vénérable Elisabeth m’a demandé si je voulais bien m’impliquer dans l’organisation du centre. J’ai bien sûr accepté car le centre m’apporte tellement... C’est la moindre des choses. Je deviens présidente d’ “Horizons sagesse”, l’association qui gère les salariés. Ça consiste à s’occuper du recrutement, rédiger les contrats, suivre la relation avec Pôle emploi, organiser la formation professionnelle des employés… Cela va permettre de décharger un peu Vénérable Elisabeth qui est très occupée.

Comment tu vois l’avenir ?

Je vais essayer de suivre le PEBA. Je ne peux pas me dire que je le ferai plus tard. La vie m’a montré qu’à aucun âge, d’ailleurs, on peut se dire « je ferai plus tard ».

J’aimerais aussi intégrer le bouddhisme encore plus dans ma vie quotidienne. Quand je regarde trois ans en arrière, je me rends compte que j’ai changé. Je m’énerve moins. J’ai un autre rapport aux animaux. J’ai plus de compassion… Ça me donne envie de continuer.

Je suis très contente d’être impliquée au centre. Entre “Découverte du Bouddhisme”, les retraites et les différents événements, j’ai eu l’occasion de rencontrer pas mal de monde. C’est vraiment une communauté très sympa et très ouverte. Les gens sont très différents mais ils sont tous réunis par la bienveillance. C’est une très grande chance de pouvoir faire partie de ça.