Un entretien avec le Vénérable Gyaltsen

 

- Est-ce que tu peux nous raconter ton chemin dans le dharma ?

- C’est un ami d’enfance qui m’a parlé du bouddhisme en 2002 et cela m’a beaucoup inspiré. J’ai creusé en lisant des livres de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et de Thich Nhat Hanh. Cela m’a amené au centre Kalachakra et je me suis tout de suite senti à la maison (rires).

Je me souviens encore de ma première méditation guidée. C’était avec Gisèle sur l’amour infini. J’ai commencé à fréquenter régulièrement le centre et à aider quand je pouvais. En parallèle, je faisais des retraites à l’institut Vajra Yogini, en particulier celles de Chenrezig avec Vénérable Charles. J’ai décidé de consacrer un an pour être bénévole à Vajra Yogini, car je voulais passer plus de temps à pratiquer. Au bout d’un an, je me suis dit que ma précieuse renaissance humaine ne s’arrêtait pas au bout d’un an. J’ai donc WhatsApp Image 2020 11 27 at 16.58.54cherché comment continuer à étudier et pratiquer. Il se trouve que le monastère de Nalanda commençait le PEBA en résidentiel et cherchait un comptable. Je n’avais pas beaucoup d’argent ; on a fait un arrangement me permettant de participer en faisant la comptabilité (c’était mon métier à l’époque). J’avais prévu un séjour de 3 mois, puis de préparer un retour au travail. Les 3 mois sont devenus 6 mois, puis un an et en 2010, soit deux ans plus tard, je suis devenu moine. J’avais réalisé qu’il n’y avait rien de plus important pour moi que de pratiquer le dharma. Certes cela demandait quelques sacrifices mais ça en valait vraiment la peine. J’ai fini le programme en 2012 et j’ai fait ma retraite de 3 mois au centre de retraite de Saint Cosme. 

C’est à ce moment-là que Vénérable Elisabeth m’a demandé si je pouvais guider des retraites de Lam Rim pour le centre. J’en ai guidé une première en 2013 pour une durée d’un mois, puis tous les ans à la même période, avec un petit groupe très motivé. Entre-temps je suis devenu directeur de Nalanda et j’ai commencé le master programme. Du coup on a baissé la durée guidée des retraites à 15 jours.

- Et tu en es où maintenant ?

- Je suis en transition. J’ai quitté le poste de directeur de Nalanda le 11 octobre et je viens à peine de finir le master program. Maintenant, je peux me concentrer sur la retraite d’un an du master. Je vais la faire à nouveau au centre de retraite de Saint Cosme. C’est Lama Zopa Rinpoché qui m’a demandé de la faire à cet endroit. C’est un retour au lieu où tout a commencé pour moi. 

Contempler les sujets du Lam Rim et les intégrer dans notre expérience est quelque chose qu’il faut faire au quotidien, mais le cadre d’une retraite permet des conditions plus favorables. C’est le but du Lam Rim de contempler et d’intégrer toujours davantage. Cela permet de travailler à fond avec les obstacles qu’on rencontre dans son esprit. 

Dans notre tradition on parle d’étude, de contemplation et de méditation. Étudier extensivement permet d’avoir une vue correcte de la voie pour éviter les incompréhensions. En parallèle, on analyse pour arriver à sa propre conclusion. Cela stabilise ce qui est étudié, et c’est là-dessus qu’on médite pour se familiariser et intégrer de plus en plus profondément... jusqu’à ce que cela devienne notre seconde nature. Parfois on génère un esprit d’amour mais il n’est pas spontané et il demande beaucoup d’effort. A force de reproduire l’expérience, cela en demande de moins en moins, puis cela devient spontané. 

Il ne faut donc pas voir l’étude et la méditation comme séparés. Ce qu’on étudie doit être intégré. C’est comme ça qu’on développe notre esprit sur la voie.

- Et avant ta retraite, tu en guides une autre pour le centre ?

- Oui, c’est la retraite annuelle de Lam Rim dont j’ai parlé. Cette année, on commence par un Nyung Né. C’est intéressant car c’est une grande purification. À travers la bénédiction de Chenrezig, c’est aussi un moyen de développer la compassion. C’est donc une expérience très bénéfique. Lama Zopa Rinpoché dit que c’est la pratique la plus bénéfique qu’on puisse faire en 2 jours. Cela constitue une très bonne motivation pour la retraite de Lam Rim suivie immédiatement après. 

Pendant 12 jours, on va étudier point par point tous les sujets de la voie graduée, depuis le maître jusqu’à la perfection de la sagesse. Le Lam Rim, c’est la voie graduée vers l’éveil. Tous les ingrédients pour devenir un Bouddha y sont condensés. On va donc surtout faire de la méditation analytique, mais suivant les conseils de Lama Zopa Rinpoché, on va aussi faire des pratiques pour accumuler des mérites et purifier notre esprit. Cela aide à mieux méditer. C’est un peu comme préparer une terre pour que ce qu’on y plante y pousse mieux. Ceux qui le souhaitent pourront prendre quotidiennement les préceptes Mahayana. On fera le gourou yoga de Lama Tsong Kapa pour demander l’inspiration du maître, ainsi que des prosternations, la pratique de Vajrasattva, …

L’expérience de cette retraite dépendra du background de chacun. Pour certains qui n’ont pas encore étudié le Lam Rim ce sera une découverte. Pour d’autres qui l’ont déjà étudié, une familiarisation et une manière de l’intégrer en soi.

- Et après ?

- J’ai fait le choix de ne pas y penser pour me concentrer sur ma retraite. A la fin, je demanderai conseil à Rinpoché. Je vais déjà faire la retraite, puis voir où mon esprit en est dans un an. Je n’ai jamais fait de retraite aussi longue et je ne sais pas comment ça va se passer. J’essaie aussi de ne pas avoir trop d’attentes. Je termine sept années intenses, à cumuler la fonction de directeur et l’étude du master program, et je suis content de pouvoir me poser et prendre du recul. On verra pour la suite tranquillement, avec l’esprit ouvert.

- Un mot de la fin ?

- Beaucoup de gratitude pour ce qui a été offert par les centres Kalachakra, Vajra Yogini et Nalanda. On est dans une tradition magnifique et on ne se rend pas compte de la chance qu’on a. Un grand merci à tous ceux qui nous aident : nos maîtres Lama Zopa Rinpoche, Lama Yeshe, Sa Sainteté le Dalaï-Lama, les directeurs, les spc, les bénévoles, les donateurs, ... C’est vraiment exceptionnel cette opportunité qu’on a ! C’est si précieux et si rare ! Il faut vraiment en prendre l’essence. C’est difficile de se rendre compte à quel point c’est précieux. Des fois, on rencontre des obstacles et des difficultés mais quand on regarde en arrière, on ne regrette jamais. Il faut se réjouir ! C’est important !

Propos recueillis par Arnaud