Le billet de la directrice - décembre 2021

 

11Chers amis du Dharma,

 

Lors du quarantième anniversaire du monastère de Nâlandâ, nous avons eu la surprise d'entendre par visio-conférence Lama Zopa Rinpoché faire l’éloge de la Sangha ordonnée, c'est-à-dire l'ensemble des moines et des moniales de la Sangha. Au cours de son intervention, Rinpoché a défini les membres de la Sangha ordonnée vivant en Occident comme des "héros", sacrifiant leur bien-être pour se mettre au service des autres.

 

Au Centre Kalachakra, on dénombre quatre moines ou moniales. Le plus éminent est bien sûr Guéshé Dakpa Tsoundou, docteur en philosophie qui enseigne pour nous depuis plus de douze ans. Inlassablement, avec patience et compassion, "notre" guéshé enseigne la philosophie, il distribue prières et bénédictions, il visite les malades, nous accompagnant vers notre dernier voyage... Habitant près du Centre, il est toujours à notre écoute.

 

Nous avons également l'admirable vénérable Gyaltsen. Il termine une longue retraite au centre de Saint-Cosme, et il a choisi de rester sur place pour guider des retraites, mais aussi d'enseigner à Paris, notamment le prochain cycle de Découverte du Bouddhisme qui démarrera au mois de janvier. Vénérable Gyaltsen est un moine particulièrement lumineux et doté d'une solide expérience et de nombreuses qualités. L’incroyable vénérable Deunyeu, connu sous le nom d’Elio, a mis pendant dix-huit ans son savoir-faire de gestionnaire au service du Centre. Il y est aussi enseignant, tout en accomplissant des tâches d'aumônier bouddhiste. Il accompagne les personnes en souffrance, malades ou mourantes, ainsi que leurs proches. Quant à moi, je remplis plus ou moins bien la fonction de directrice depuis presque vingt-deux ans.

Bien sûr, les Sanghas ordonnés sont eux-mêmes sur le chemin spirituel. Ils sont ainsi eux-mêmes sujets aux perturbations mentales. Mais notre manière de vivre s'efforce de ne pas suivre notre société consumériste basée sur le désir et source d'insatisfaction. Nos préceptes de vie et notre engagement envers les enseignements du Bouddha nous font considérer la souffrance des êtres comme primordiale. Ces préceptes sont précieux et ils nous permettent de développer les belles qualités de cœur prônées par le Bouddha. En ce sens, ce sont eux, les héros.

Élisabeth

Nouvelle rencontre interreligieuse, une démarche recommandée par Lama Zopa

 

inter religieuxLe centre Kalachakra appartient à de nombreux cercles de dialogues interreligieux. Cette démarche est un des piliers prônés par Lama Zopa Rinpoché. Avec la “Fontaine aux religions”, une association interconvictionelle de quartier, le centre Kalachakra dialogue depuis plusieurs années sur différents thèmes. Vous êtes conviés à une après-midi conviviale interreligieuse au centre Kalachakra le jeudi 11 novembre de 14h à 17h, sur le thème du souffle. À cette occasion, plusieurs traditions religieuses et non religieuses se rencontreront : catholique, protestant, juif, musulman, bouddhiste et humaniste.

 

Pourquoi participer à un dialogue interreligieux ?

Le bouddhisme a commencé à devenir populaire en France il y a une cinquantaine d’années. À son arrivée, il était considéré comme quelque chose d’exotique, de style hippie. C’est seulement depuis les vingt dernières années que des représentants bouddhistes ont été invités à participer à des dialogues interreligieux, le bouddhisme ayant gagné en respectabilité. Ces rencontres se sont accélérées ces dernières années, parallèlement à l’augmentation des conflits religieux.

Pour préparer ces dialogues, il est important d’avoir une certaine connaissance des différentes traditions religieuses. Il est également important de montrer du respect envers les autres traditions. Les religions théistes croient en un Dieu-principe créateur de toutes choses. Servir ce Dieu permet de montrer de l’amour à toutes les créatures. Les bouddhistes s’appuient sur le principe d’un soi n’ayant pas d’autonomie, d’un soi dépendant de causes et de conditions. Ces différentes approches aboutissent pourtant aux mêmes effets : diminuer les attitudes égoïstes et augmenter l’altruisme.

Le dialogue interreligieux augmente donc le respect que nous avons pour les autres traditions. Il élimine les idées préconçues et les stéréotypes. On acquiert ainsi une meilleure compréhension et une meilleure acceptation de certaines caractéristiques des différentes croyances, telles que les différentes heures de prière dans la journée ou le port du voile.

 

Insister sur les valeurs communes

Connaître les différences tout en insistant sur les valeurs communes permet de créer un climat d’harmonie :

  • Toutes les religions ont une approche identique sur la paix.

  • Toutes les religions ont des principes éthiques communs (les non religieux également) et cherchent le développement de qualités intérieures.

  • De la paix intérieure viennent les qualités d’amour, de compassion et de pardon. L’affection est un facteur biologique qui vient de la relation mère-enfant. C’est notre nature humaine fondamentale.

 

Se mettre en position d’apport mutuel

Dans le passé, les différentes traditions religieuses étaient plus ou moins isolées. Aujourd’hui, c’est différent. Les mouvements migratoires, la globalisation économique et l’industrie touristique permettent de faire circuler l’information, ce qui inclut l’information au sujet du bouddhisme.

Notre communauté d’êtres humains s’est développée, ce qui entraîne un désir sincère d’harmonie entre les religions. Échange et connaissance permettent d’enrichir nos propres traditions.



Saint-Cosme : quand arrive octobre...

 

Courant octobre, Michelle a animé une retraite intitulée “Quand le chocolat vient à manquer”. Elle nous fait part de ses ressentis à l’issue de ces jours pendant lesquels le temps a paru comme suspendu…

 

michelle“Arrivée et repartie avec le soleil, et entre les deux, un déchaînement de pluies, vent, tonnerre, une tempête d’équinoxe à peine décalée. 

Ah, le bruit de la pluie par terre et sur les toits, juste de quoi goûter le bonheur d’être bien au chaud, à l’intérieur, goûter à l’intériorité qu’invite la perspective hivernale. Leçon d’impermanence aussi bien sûr.

Beauté du lieu, silence du lieu, chaleur de l’accueil, réconfort de repas concoctés avec amour.

Lama Yéshé comme invité par un groupe chaleureux à partager sa vision vaste et anticonformiste, à nous interroger sur nos manques, nous désencombrer de nos empêchements de tous ordres, à nous émouvoir, nous inspirer et nous stimuler.

Le covid nous a, plus que jamais et à un niveau mondial, mis en face de restrictions et de frustrations non envisageables dans cette civilisation qui multiplie nos dépendances et nous promet toujours davantage. Aussi le livre de Lama - par son seul titre « Quand le chocolat vient à manquer… » - s’avérait-il soudain d’une actualité brûlante. C’est donc que ça peut arriver… Ce fut l’occasion d’écouter “Lama”, de s’interroger et de débattre…

C’était bien bon et nous sommes reconnaissants à tous ceux grâce à qui Saint-Cosme a pu advenir et devenir ce qu’il est aujourd’hui.”

Michelle



Paroles de Maître, le Dalaï-Lama

 

Les rencontres d’Assise sont une succession de rencontres entre les différentes religions. Elles ont débuté en 1986 dans la ville d’Assise en Italie, à l’invitation du pape de l’époque, Jean-Paul II. À l'occasion des 25 ans de ces rencontres en 2011, le Dalaï-lama avait été interrogé à propos du dialogue interreligieux. Il avait longuement insisté sur la nécessité de poursuivre un dialogue respectueux du pluralisme. Il était aussi revenu sur “Assise 1986”, aux côtés de son traducteur le moine bouddhiste français Matthieu Ricard. Le visage éclairé de son éternel sourire, humain et lumineux, il ne s’était pas contenté de parler de cet esprit d'Assise, il l’avait transmis.

 

DL prayingEn 1986, vous étiez aux côtés de Jean-Paul II à Assise. Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre ?

J'avais particulièrement apprécié l'initiative de Jean-Paul II. En réunissant les représentants des grandes religions pour ces journées de prière, le pape leur avait permis d'exprimer leur point de vue sur la paix dans le monde. Que des responsables religieux montrent un exemple d'unité sur de grandes questions comme la paix et l'amour altruiste aux yeux de tous les citoyens est très important.

D'autant plus qu'aujourd'hui le fanatisme religieux persiste : aucune religion n'est épargnée et l'esprit d'Assise semble parfois loin !

Pour certains, il n'y a qu'une seule vérité, une seule voie... Alors qu'en réalité les vérités et les voies sont multiples, comme les religions. Chaque pratiquant doit prendre conscience que sa vérité peut être unique, mais jamais exclusive. Si l'on pratique une religion, il faut être sérieux. Si l'on est sérieux, on ne peut pas manquer de reconnaître que l'amour, la tolérance sont au cœur de notre religion ! L'individu doit donc se concentrer sur sa foi. L'harmonie n'est pas une utopie. En Inde, différentes traditions coexistent pacifiquement depuis un millénaire, sur la base du respect mutuel.

Mais comment lutter contre l'extrémisme ?

Pour acquérir le respect, il faut d'abord se connaître ! Il faut nouer des liens, que les gens se voient et se parlent, qu'ils étudient les autres traditions religieuses pour en apprécier la valeur, aillent en pèlerinage sur les lieux saints des autres croyants. Il faut faire des rencontres personnelles avec d'autres pratiquants et partager leur expérience profonde de la spiritualité. Cette intimité est la base d'une communion essentielle à la paix.

Quelle est la place des non-croyants dans la construction d'un monde de paix ?

Il faut partir de la base : nous sommes des êtres humains et nous voulons être heureux. Nous sommes des animaux sociaux par nature, frères et sœurs de la même espèce. Nous devons donc nous rappeler que nous avons besoin les uns des autres, que nous sommes interdépendants. Notre survie même dépend de cette relation. C'est pourquoi il faut créer une éthique séculière dans laquelle tous les humains puissent se reconnaître, fondée sur les valeurs essentielles.

Et les religions, en quoi peuvent-elles être facteurs de paix ?

De nombreux problèmes de société viennent d'un sentiment exacerbé d'importance de soi. Les grandes religions nous apprennent à nous défaire de ce carcan d'égocentrisme par la foi. Des études ont montré que ceux qui sont le plus animés par un sentiment de compassion et utilisent peu des mots comme “je”, “moi”, “mien” ont moins de problèmes cardiaques. Le fait d'être centré sur soi crée un sentiment d'insécurité destructeur. Celui qui suit sérieusement un chemin spirituel ne se livrera à aucun acte néfaste et pourra mener une vie qui ait un sens. En s'abandonnant à Dieu, on renonce à l'ego.